Khmers rouges : une période noire pour le Cambodge

Khmers rouges : une période noire pour le Cambodge

Notre passage à Phnom Penh, la capitale du Cambodge, a surtout été l’occasion d’en apprendre plus sur la récente histoire atroce du Cambodge. C’est une période assez méconnue en Europe et nous avons décidé de vous en dire un peu plus sur ce triste passé !

L’apparition du mouvement Khmer Rouge remonte à l’époque du protectorat français. En effet, pendant la guerre d’Indochine, le Viet Minh (Ligue pour l’Indépendance du Viet Nam) s’est allié avec les deux mouvements indépendants des deux autres pays sous occupation, à savoir les Khmers (éthnie composant 90% de la population) pour le Cambodge et les Lao pour le Laos. En 1951, le Parti Révolutionnaire du Peuple Khmer (PRPK), à tendance communiste, est formé afin de créer un vrai mouvement indépendantiste au Cambodge. Alors que la guerre d’Indochine bat son plein, les futurs dirigeants Khmers Rouges reçoivent tous une formation politique en France. Regroupés au sein de l’Association des Etudiants Khmers de France, ils se rallient rapidement à l’idéologie communiste. Les lectures des textes de Karl Marx, Staline ou Lénine sont courantes et certains d’entre eux adhèrent même au Parti Communiste Français.

Lors de l’Indépendance du Cambodge suite à la fin de la guerre d’Indochine, les dirigeants du PRPK s’éxilent au Nord Viet Nam alors que Norodom Sihanouk prend la tête du pouvoir (en tant que roi puis premier ministre puis chef d’état à vie !). C’est d’ailleurs Sihanouk qui inventera le terme Khmer Rouge au regard de l’idéologie communiste de cette entité. Il faut toutefois noter que toute opposition était fortement réprimandée sous le reigne de Sihanouk, malgré son rapprochement de la République Populaire de Chine et de ses idées de plus en plus communistes.

En 1960, le PRPK change de nom pour devenir le Parti Ouvrier du Kampuchéa et dès 1962, les anciens étudiants parisiens occupent l’ensemble des postes de direction du parti. Saloth Sar (le futur Pol Pot) devient secrétaire général du parti en juillet 1962 après l’arrestation, la torture et l’assassinat de l’ancien secrétaire par le ministre de l’intérieur de Sihanouk.

Pendant quelques années, les dirigeants Khmers Rouges ont dû vivre dans la clandestinité, au Viet Nam puis en Chine, tout en marquant leur désaccord avec Sihanouk.

En 1968, les premières insurrections des Khmers Rouges permettent aux troupes de s’emparer d’armes et de gonfler leurs rangs. En deux mois, plus de 10 000 villageois quittent leur foyer pour rejoindre les troupes Khmers Rouges.

Le 18 mars 1970, avec l’aide des Etats-Unis, Sihanouk est déposé du pouvoir par Lon Nol et rejoint Pekin. Une coalition est alors formée entre Sihanouk et les Khmers Rouges afin d’encourager les cambodgiens à prendre les armes contre le régime de Lon Nol.

Alors que les frappes des Etats-Unis s’intensifient dans les zones proches de la frontière avec le Viet Nam, de plus en plus de paysans rejoignent les troupes Khmers Rouges. En 1972, l’effectif des troupes passe à 45 000 hommes ! Dès cette période, un tiers de la population du Cambodge vit sous le contrôle des Khmers rouges.

La poursuite des bombardements américains, pour tenter de détruire la piste Ho Chi Minh et ainsi stopper l’alimentation en armes de la guérilla Viet Cong au Sud Viet Nam, porte le nombre d’hommes Khmers Rouges à 70 000 en 1975.

L’offensive sur Phnom Penh est donnée au nouvel an 1975 par les Khmers Rouges. Le 1er avril 1975, Lon Nol prend la fuite et c’est alors le 17 avril 1975 que les troupes Khmers Rouges prennent le contrôle de Phnom Penh. Il faut savoir que les troupes sont initialement bien accueillies par la population locale, vues comme des libérateurs!

Toutefois, l’ordre d’évacuation de Phnom Penh est mis en place immédiatement. La totalité des habitants (environ 2 000 000) est forcée de quitter la ville, sous prétexte d’un prochain bombardement américain. Les habitants doivent se rendre dans les campagnes dans des conditions désastreuses, avec seulement les affaires qu’ils ont pu prendre à la hâte. Les hôpitaux sont également vidés et les malades sont priés de suivre la population. L’évacuation de Phnom Penh fera déjà plus de 10 000 victimes.

Dans l’ensemble des autres villes du pays, la même politique est mise en oeuvre. Les habitants qui refusent de quitter les lieux sont soit exécutés sur le champ soit tués dans la destruction de leur maison.

Lors d’une conférence organisée le 20 mai par les Khmers Rouges, celui qui se fait désormais appeler Pol Pot explique les 8 points de sa politique :

  • évacuation de toutes les villes,
  • abolition de tous les marchés,
  • suppression de la monnaie instaurée sous le régime de Lon Nol mais également retrait de celle fraichement créée par les Khmers Rouges,
  • sécularisation de tous les moines bouddhistes et leur mise au travail dans les champs de riz,
  • exécution de tous les dignitaires du régime de Lon Nol,
  • création de coopératives avec repas commun dans tout le pays,
  • expulsion de la minorité vietnamienne,
  • envoi de troupes à la frontière orientale.

Le régime Khmer Rouge met alors en place un système de « purge » à l’encontre de certaines catégories sociales. Les intellectuels, les expatriés, les professions libérales, … sont alors considérés comme suspects et envoyés dans des camps de travail.

Des prisons secrètes sont également installées dans le pays. Les cambodgiens y sont incarcérés, pour des raisons allant du délit de droit commun à la dissidence politique réelle ou même supposée, mais aussi pour des relations sexuelles hors mariage.

Ils sont alors soumis à des conditions de détention abominables, dans des cellules de 2m² faites de bois, torturés afin d’avouer des choses fausses, comme être un espion de la CIA par exemple.

Nous avons pu visiter l’une des prisons les plus célèbres, l’ancien lycée de Tuol Sleng connu sous le code de S-21. Cela a été pour nous l’occasion de nous rendre réellement compte des conditions horribles d’incarcération et de lire les témoignages des seuls 7 survivants de cette prison.

Phnom Penh prison S21 2

Phnom Penh prison S21 3

Les règles de sécurité de la prison S-21

Phnom Penh prison S21 1

Il faut savoir que plus de 20 000 personnes ont péri au sein de cette prison.

En plus de ces centres de détention, le régime des Khmers Rouges met en place des centres d’exécution de masse.

Nous avons visité le centre connu sous le nom de Killing Fields, Choeung Ek. Il s’agit du summum de l’atrocité, dont la totalité des pays du monde a refusé de croire au moindre témoignage pendant plusieurs années.

Les détenus étaient amenés sur place par camion en pleine nuit, afin d’éviter tout soupçon de personnes extérieures sur les activités des lieux.

Des chants révolutionnaires étaient alors diffusés à l’aide d’haut-parleurs fonctionnant sur générateur puis les prisonniers étaient froidement exécutés. Pour en rajouter à la cruauté, les Khmers Rouges n’utilisaient pas de fusils ou pistolets compte tenu du coût des munitions. Les prisonniers étaient abattus à l’aide de barres de fer, haches, morceaux de bois, … voir même fracassés contre des arbres pour les plus jeunes. 

Ce mémorial résume à lui-seul la barbarie de ces hommes. Il arrive, après certaines pluies, que des vêtements voir des ossessements de victimes fassent surface du sol depuis certains charniers.

Killing Fields memorial du souvenir

Mémorial des Killings Fields

La folie des Khmers Rouges ne s’arrêtent pas aux classes sociales supérieures mais frappe également l’intérieur du régime. Des responsables Khmers Rouges sont arrêtés et exécutés sans le moindre procès dès qu’un soupçon pouvait apparaître !

A l’été 1977, les Khmers Rouges tentent une première incursion dans le territoire vietnamien afin de récupérer ce qu’ils estiment être le berceau historique de leur peuple, ce qui pousse le gouvernement vietnamien à se décider à intervenir militairement contre eux. Une première incursion a lieu entre le 31 décembre 1977 et le 6 janvier 1978. La risposte vietnamienne permet à plusieurs centaines de milliers de cambodgiens de se réfugier au Viet Nam. La rivalité entre les deux pays s’accentuent et les Khmers Rouges exécutent alors systématiquement les gens pouvant avoir un « esprit vietnamien« .

Ce n’est que le 25 décembre 1978 que l’armée vietnamienne entre au Cambodge et précipite le retrait des troupes Khmers Rouges dans des zones reculées. Le 7 janvier 1979, les premiers blindés entrent dans Phnom Penh, totalement déserte. Ce jour voit la fuite de l’ensemble des dirigeants Khmers Rouges.

Malgré les crimes commis par les Khmers Rouges, la communauté internationnale a continué à soutenir ce régime, estimant l’invasion vietnamienne anormale.

Les dirigeants Khmers Rouges ont été initialement jugés, en leur absence, à la peine de mort, en août 1979, procès n’ayant pas été reconnu par la communauté.

Après de trop longues années de négociation entre l’ONU et Phnom Penh, un tribunal spécial est créé en 2003 (et oui, il y a seulement 12 ans) et vous aurez peut-être en tête les images du procès de Kang Kek Ieu, plus connu sous le nom de « Douch« , l’ancien directeur de la prison de Tuol Sleng (S-21) condamné à la prison à vie.

Quant à Pol Pot, il a pu poursuivre son existence avec sa descendance pendant de nombreuses années avant de mourir vraisemblablement d’une crise cardiaque…

Où se trouve Phnom Penh ?

Itinéraires

6 réponses à “Khmers rouges : une période noire pour le Cambodge”

  1. Cécilia dit :

    Il est vrai qu’en France on ne connait pas du tout cette partie de l’histoire…Merci pour cette rédaction, avec laquelle je vois un peu plus clair…
    Pour ma part j’ai visité les camps de concentration à Auswchitz, et c’est aussi « ignoble »…

  2. laura dit :

    Je pense qu’il est très intéressant de connaitre un minimum de l’histoire d’un pays lorsqu’on y voyage, cela permet de comprendre de choses et de mieux respecter certaines réalités. Lors de mon voyage au cambodge, en parlant avec des amis, j’ai été sidéré de constater que peu de personnes connaissent l’histoire de ce génocide. J’en ai appris beaucoup. Il y a quelques années on sentait encore les gens traumatisés et n’osaient pas en parler.
    Depuis le tribunal international a commencé à traduire en justice d’anciens khmers mais tout ça est long.
    Nous avions visité aussi Tuol sleng et j’ai quand même vu des touristes tapés la pose pour la photo sans comprendre l’obscénité de leur attitude dans ce lieu de mémoire.
    Merci de faire connaitre cette histoire

  3. Cédric dit :

    Salut à vous !
    Nous avons visité récemment le Tuol Slueng (musée du génocide de Phnom Penh). Il faut vraiment avoir le coeur bien accroché! Un peu comme pour les camps de concentrations…
    Mais il est vraiment nécessaire de continuer à parler de ces évènements pour que ça ne soit pas oublié.
    En tous cas article très intéressant et très clair.
    A très bientôt.
    Cédric @ Pixels du bout du monde.

  4. Maman Marion dit :

    Oui, je me souviens de mes doutes à cette époque et de mon incompréhension devant des atrocités rapportées, alors que les Khmers rouges avaient été présentés initialement comme des libérateurs.
    Et il est également douloureux de reconnaître que la France, pays de la liberté d’expression et des Droits de l’homme est aussi le berceau d’idéologies totalitaires et sanguinaires.

  5. Emilie dit :

    C’est vraiment très poignant et j’ignorais tout ca. merci de cette transmission parce que le devoir de mémoire ne s’arrête pas en France

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